La solitude ! Tu la connais, toi, la solitude ? Celle des poètes et des impuissants. La solitude ? Mais laquelle ? Ah ! Tu ne sais pas que seul, on ne l'est jamais ! Et que partout le même poids d'avenir et de passé nous accompagne ! Les êtres qu'on a tués avec nous. Et pour ceux-là, ce sera encore facile. Mais ce qu'on a aimés, ceux qu'on a pas aimés, et ceux qui vous ont aimé, les regrets, le désir, l'amertume et la douceur, les putains et la clique de dieux. Seul ! Ah, si du moins au lieu de cette solitude empoisonnée de présences qu'est la mienne, je pouvais goûter la vraie, le silence et le tremblement d'un arbre. La solitude ! Mais,non Scipion. Elle est peuplée de grincement de dents et toute entière retentissante de bruits et de clameurs perdues. Et près des femmes que je caresse, quand la nuit se referme sur nous, et que je crois éloigné de ma chair enfin contentée, saisir un peu de moi entre la vie et la mort, ma solitude entière s'emplit de l'aigre odeur du plaisir aux aisselles de la femme qui sombre encore à mes côtés.